Interview.
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Dans les petits papiers de … La Minauterie.

« Il se passe quelque chose quand on touche un beau papier, vous ne trouvez pas ? C’est un support particulier, il peut paraître insignifiant au premier abord puis se vêtit ensuite d’idées, d’émotions, de gribouillis ou d’impressions qui rythment nos quotidiens. Ça a quelque chose de très poétique finalement. » 

La Minauterie est l’un de ces concepts que l’on ne peut que soutenir : de la belle ouvrage, du sens et de l’impact. La papeterie produite par ce duo de graphistes françaises est bien plus que du simple papier : c’est avant tout un projet généreux mené de front par deux passionnées, qui entendent bien soutenir de nombreuses associations avec de leur entreprise. Céline et Marine produisent de belles créations respectueuses de l’environnement tout en nous ouvrant les yeux sur l’impact que nous produisons au travers de nos choix de consommation. Avec La Minauterie, nous posons un autre regard sur le monde de la création artisanal, du soutien humain et de l’ouverture d’esprit. De l’humilité, de la passion et de la générosité : assurément l’une des plus belles découvertes du monde de la papeterie française. 

• Qui est La Minauterie ? 

Céline. La Minauterie est une marque d’objets imprimés made in France (fait en France), éco-responsable, engagée et solidaire fondée par Marine et moi même, Céline, en 2017.

L’idée est venue d’une envie, celle de Créer, non pas sur demande comme nous le faisons déjà (Marine et Céline sont graphistes) mais de façon plus personnelle cette fois. L’objet est un moyen de rentrer dans la vie des gens, de leur délivrer un message, une histoire. Ce projet s’est donc vite transformé comme un moyen de faire plus que de simples supports d’esthétisme. 

L’éco-design et la fabrication française sont apparus comme une évidence dès les balbutiements du projet, puis notre envie de rejoindre le mouvement des entreprises à impact positif a pris de l’ampleur. Nous avons ainsi voulu mettre la création au service du bien en renforçant notre engagement par la mise en place du mécénat. La Minauterie soutient désormais des associations en lien avec chacune de ses collections en leur reversant 1% du montant de ses ventes et en proposant le micro-don en ligne à ses clients.

@ La Minauterie

• Dites-nous en un peu plus sur votre parcours… D’où vous est venue l’idée de créer votre propre marque de papeterie ?

Céline. Nous avons fait nos études de design graphique ensemble. C’est comme ça que l’on s’est connue, avec nos pochettes à dessin, notre ordinateur portable et une multitude de feutres à durée de vie très brève dans les mains. Nous avons ensuite continué nos chemins professionnels respectifs. Marine s’est spécialisée dans l’édition dans une première agence puis a intégré un design lab à Grenoble. Pour ma part, j’ai continué les études en me formant au webdesign et je travaille depuis à PatteBlanche, une agence de communication spécialisée en développement durable à Montpellier.

Nous sommes donc toujours séparées géographiquement mais nous avons eu envie de créer un nouveau chemin commun à parcourir ensemble : La Minauterie. C’est ainsi, en étant amies, toutes deux graphistes et illustratrices, que l’on s’est lancée dans cette jolie aventure.

• Quelles sont les différentesétapes dans la conception de vos créations ?

Céline. Les premières collections sont nées grâce à un processus assez ludique : celui de se définir mutuellement une thématique très générale et une contrainte graphique ou technique pour stimuler la créativité, afin d’avoir une base sur laquelle construire. C’est amusant de voir à quel point nous partons sur des choses bien différentes. Tout ceci né généralement sur un bout de papier puis grandi sur nos logiciels pour aboutir sur d’autres papiers ou tissus que l’on choisis avec soin. 

L’étape d’impression, contrairement à ce que l’on pourrait penser, est envisagée dès la phase de création. En effet, on ne part pas sur le même type d’illustration selon le type d’impression (linogravure, risographie ou numérique) et cela rajoute une composante vraiment intéressante à la création. Puis nous imprimons nous-mêmes à la main ou nous faisons appel à des prestataires extérieurs. Nos partenaires sont choisis selon des exigences bien précises et nous avons à cœur de travailler avec eux pour que la production soit la plus vertueuse possible. 

Quels outils utilisez-vous pour vos créations ?

Céline. Pour la phase de création pure, nous utilisons tout d’abord le plus simplement du monde… le crayon ! Puis nos logiciels professionnels prennent le relai (la suite Adobe pour ne pas la citer), prolongement du graphiste type.

Pour la phase de production, prenons l’exemple de la linogravure : nous imprimons artisanalement en utilisant une plaque de linoléum, support entièrement naturel. Les gouges, qui sont des larmes incurvées, permettent de creuser cette même plaque et d’y faire apparaître le visuel. Nous l’encrons ensuite avec un rouleau encreur et des encres à base d’huile végétales et/ou d’eau. Nous pressons ensuite cette plaque avec des pressoirs manuels de différentes tailles et de différents matériaux selon le niveau de détail du visuel. Bien évidemment, nous imprimons toujours sur un papier ou un tissu éco-responsable, certifié. 

• Comment décririez-vous le style de La Minauterie ?

Céline. La marque n’a pas de style identifiable à proprement parlé. Au contraire, chaque collection vit indépendamment avec sa propre histoire mais aussi son propre univers graphique. Ceci nous permet de ne pas nous mettre de barrières et de proposer des choses bien différentes. En tant que créatives, c’est un fabuleux terrain de jeu ! 

Dans un soucis de durabilité, nos illustrations s’inscrivent résolument hors des tendances éphémères pour ne pas risquer d’être démodées. Ce qui nous importe, à nous, c’est que vous les aimiez pour longtemps !

• D’où vous vient cette passion du papier ?

Céline. C’est une bonne question ! En y repensant mon père et mon parrain ont été papetiers, peut-être que suis-je tombée dans la pâte à papier étant petite !? Plus sérieusement, il se passe quelque chose quand on touche un beau papier, vous ne trouvez pas ? C’est un support particulier, il peut paraître insignifiant au premier abord puis se vêtit ensuite d’idées, d’émotions, de gribouillis ou d’impressions qui rythment nos quotidiens. Ça a quelque chose de très poétique finalement. 

En plus, nous faisons des métiers très digitalisés et le papier reconnecte a un support plus concret, il « matérialise ». J’ai récemment vu ce message sur les réseaux sociaux : « Ecrivez des lettres, ce sera plus compliqué de retomber sur des mails dans 40 ans au fond du grenier » – C’est exactement ça, le pouvoir du papier ! 

• Qu’est-ce qui vous inspire ?

Céline. Je serais tenté de répondre : tout ! On est inspirée à la fois par l’actualité, les sujets de société, les causes que l’on souhaite défendre et mettre en lumière mais finalement, tout ce qui nous entoure peut nous inspirer. La nature, l’humain, les rencontres que l’on fait… Avec la mise en place du mécénat, on est maintenant inspirée par des associations que l’on a envie de soutenir. 

Il y a aussi des parcours d’entrepreneurs qui sont incroyablement inspirants dans leur démarche, leur mode de management et leur communication. Je suis devenue, entre autre, peu à peu groupie du Slip Français et de son fondateur Guillaume Gibault qui est un très beau modèle sur ces sujets. Il semble que l’on ait la chance de profiter d’un terrain entrepreneurial où les acteurs se soutiennent entre eux, s’inspirent, se conseillent, se donnent de la simple astuce jusqu’à dévoiler librement leurs vraies clés de réussite marketing. Et cette humilité, ce partage, sont aussi extrêmement inspirants.

• Avez-vous des artistes qui vous ont inspirées et/ou influencées dans votre travail ?

Céline. Des artistes bien sûr, mais au-delà du style je pense qu’on est plus influencée et plus touchée par les démarches d’artistes qui font passer des messages et des émotions dans ce qu’ils font, qui amènent à réfléchir. Je pense notamment à l’oeuvre de Keith Haring et sa façon de rendre l’art accessible à tous. Récemment, l’œuvre de Banksy qui s’est partiellement auto-détruite après avoir trouvé un acquéreur pour plus d’un million d’euro ! Cet acte questionne la valeur, l’éphémère, la fragilité en désacralisant l’art. Mais au-delà des artistes, il y a surtout des gens qui nous inspirent par leurs projets, leur discours, leur façon de vivre et leur histoire. 

@ La Minauterie

• Comment voyez-vous l’avenir du papier ces prochaines années ?

Céline. Nous espérons qu’il deviendra plus vertueux, plus responsable. On dit que le papier se meurt, et pourtant ! J’ai lu qu’en France, on consommait 276 kg de papier par seconde : c’est absolument énorme ! Ce beau matériau doit être utilisé d’une manière bien plus raisonnée, en faisant attention à ce qu’il soit à minima recyclé et/ou issu de forêts gérées durablement, sans oublier sa durabilité et son cycle d’usage. 

• Qu’en est-il de vos futurs projets ?

Céline. Nous souhaitons faire plus sur le plan de l’impact positif. Nous voulons promouvoir d’autres causes, mettre en lumière d’autres associations sur des sujets environnementaux et sociaux cruciaux. Et ce n’est pas ce qu’il manque ! Nous voulons agir humainement aussi, fédérer une communauté autour de ces enjeux et envisager des actions de groupe.

Egalement, nous avons à cœur de développer nos partenariats avec les entreprises afin de les accompagner vers une offre plus responsable de leurs fournitures, cadeaux d’affaires et événementiels. En 2019, nous prévoyons de nouveaux produits pour renforcer nos collections actuelles ainsi que la sortie d’une ou deux autres collections, toujours solidaires. On a hâte ! 

• Le mot de la fin ?

Céline. Coconfection. Mot inventé pour notre baseline, il est la contraction de « cocon » pour l’aspect responsable, enveloppe de création, et « confections » pour l’attention toute particulière portée à la fabrication. On y retrouve également le préfixe « co- » qui met l’accent sur l’idée de collaboration avec des acteurs de sens car si le geste de chacun est important, c’est dans l’action collective qu’il prend tout son sens.

⇒ A noter dans son carnet.

@ La Minauterie

Merci à Céline pour cette interview. Tous droits réservés.
Crédits photos : La Minauterie.

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